August 3, 2012

Pie XII [4] - La messe du couronnement


            Le pape dit la messe de son propre couronnement.
            Les premiers princes de l’Eglise l’assistent. La cérémonie est d’une majesté et d’un éclat incomparables.
            Les chants accompagnent le sacrifice tantôt d’humbles invocations, tantôt de ferventes supplications, tantôt encore de litanies qui semblent planer dans l’espace.
            Quand le Souverain Pontife a fini de réciter à l’autel les prières initiales de la messe, le cardinal-diacre lui passe le pallium avec ces paroles :
            « Accepte le pallium sacré, symbole de la plénitude de la puissance de grand prêtre, en l’honneur du Dieu tout-puissant ainsi que de sa glorieuse mère la Vierge Marie, des apôtres Pierre et Paul et de la Sainte Eglise Romaine. »
            Profondément recueilli, le pape accepte la bande de laine blanche marquée de croix noires qui est fixée à ses épaules au moyen d’épingles d’or.
            Il se rend ensuite au grand trône pontifical qui s’élève au fond du chœur, éblouissant, encadré de pourpre, au pied de la célèbre chaire du Bernin.
            Tandis que le pape s’y tient, immobile, les premiers dignitaires de l’Eglise passent et repassent, avec les ornements sacerdotaux, entre l’autel, le trône et le tombeau de l’apôtre. Leurs gestes, tous chargés de signigication spirituelle, s’unissent en un grand rythme enchanteur. Les vêtements amples et somptueux confèrent sa noblesse à chaque pas, sa solennité à chaque mouvement de bras.
            Le pape joint les mains, pour la prière. Ses traits baignés de lumière gardent toute leur immutabilité.
            Le credo de la messe « Papae Marcelii » de Palestrina s’exalte dans la basilique.
            Puis le pontife retourne à l’autel où il accomplit les cérémonies de l’offertoire.
            De clairs nuages d’encens montent et s’évanouissent dans l’immensité de cette église...
            Consécration.
            Au moment où le pape s’incline sur l’autel afin de prononcer, sur le pain et le vin, les paroles de la transsubstantiation, soixante mille fidèles tombés à genoux retiennent leur souffle.
            Un silence s’est fait, bouleversant, ineffable.
            Les hommes d’armes eux-mêmes, obéissant à un ordre bref, à peine articulé, se sont agenouillés : avec leurs hallebardes et leurs épées, on les prendrait pour des statues.
            Très haut, le pape élève le calice d’or : solitaire et serein, pendant l’espace de quelques battements de cœur, le vase sacré brille sur l’autel.
            On dirait que les sons ruissellent, avec les rayons mystiques, du haut du ciel lorsque les trompettes d’argent chantent sous la coupole la mystérieuse prière sonore de Dominicus Silveri da Tolentino...
            Emergeant de son émotion, la foule se redresse.
            La voix du Souverain Pontife entonne le Pater. La prière du pape, sa voix qui, après un instant d’hésitation, a retrouvé toute sa fermeté résonne, soutenue par les haut-parleurs, à travers la basilique et jusque sur la ville de Rome, tandis que les cœurs et les âmes des fidèles des cinq continents la recueillent sur les ondes.
            Le Souverain Pontife lui-même ploie dans le geste de génuflexion ; et à trois reprises, il se frappe, humblement, la poitrine :
            « Je ne suis pas digne... je ne suis pas digne... je ne suis pas digne... »
            La messe du couronnement va prendre fin.
            Sur la sedia gestatoria, aux sons de l’hymne pontifical, le pape quitte la basilique qui semble encore frémir dans la tempête des applaudissements.
            Je sais, maintenant, quels frissons sacrés ont fait naître les strophes dans lesquelles Stefan George a rendu l’hommage de la poésie à Léon XIII :

Lorsque sous l’or du dais, dans sa chaise porté
Et du décor de ses insignes entouré
Symbole de splendeur et de charges divines,
Entre les cierges et l’encens il s’achemine
Bénissant l’univers, nous tombons à genoux,
Sentant que la ferveur des croyants passe en nous,
Nous unissant à la foule, qui devient belle
Quand le miracle la pénètre et renouvelle.

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