August 3, 2012

Pie XII [5] - Accipe tiaram!


            La place Saint-Pierre dont les bras immenses, selon les propres paroles du Bernin, devaient s’ouvrir au monde entier, cette place ne contient plus la foule du peuple.
            Quel spectacle que cette assemblée de trois cent mille hommes !
            Une véritable mer de têtes jusqu’au delà de la place, du côté de la via della Conciliazione, tandis que les colonnades, les loges des palais du Vatican, les fenêtres des maisons d’alentour, les proches collines et les terrasses du collège éthiopien regorgent de spectateurs et que d’autres forment des grappes autour des piliers, des fontaines et des grilles.

* * *

            Là-haut, su la loge décorée, un trône semble attendre.
            Le marquis Patrizi, porte-étendard de la Sainte Eglise Romaine dresse, à côté de ce trône, le drapeau pourpre.
            A l’apparition de la bannière de l’Eglise sur ce balcon, une musique militaire italienne entonne l’hymne pontifical. La garde palatine du pape y répond en exécutant la marche royale italienne.
            Les régiments de l’armée italienne, Bersaglieri, Alpini, grenadiers et dragons, les formations de la milice fasciste, dans un bruit de métal, présentent les armes.

* * *

            Des prélats, vêtus de blanc, s’avancent dans la loge.
            On écarte l’immense draperie pourpre et, derrière les maîtres de cérémonies et les cardinaux assistants, apparaît la haute silhouette du pape.
            Trois cent mille bras s’agitent. Loin, très loin, jusque sur les rives du Tibre, cet océan humain est gagné par le mouvement.
            L’écho de l’hymne « Coronam auream super caput eius » est couvert par les cris d’enthousiasme qui emplissent littéralement l’air.
            Le pape s’est assis sur le trône pourpre.
            Le cardinal Canali s’est approché du pape et lui a ôte la mitre.
            Un nombre incalculable de haut-parleurs diffuse la voix de Son Excellence Caccia-Dominioni :
            « Reçois la tiare ornée de trois couronnes et sache que tu es le père des princes et des rois, le guide de la terre, le représentant de notre Sauveur à qui sont l’honneur et la gloire pour toute éternité. »
            Une nouvelle vague de jubilation s’élance vers le pape couronné et ne reflue que lorsque Pie XII élève la voix pour prononcer la grande bénédiction pontificale urbi et orbi.
            Sur les ailes du vent, la bénédiction du chef trois fois couronné parcourt le monde qui est désormais confié à la garde de Pie XII.
            La pape se tient à présent tout contre la balustrade de la loge, il étend largement les bras pour saluer, à ses pieds, ce peuple qui ne cesse de l’acclamer dans la joie...
            Tandis que l’hymne pontifical retentit de nouveau, Pie XII quitte la loge extérieure de Saint-Pierre.
* * *
            Alors, c’est voix d’airain du gros bourdon de Saint-Pierre qui annonce à la ville et à la Campagna :
            « Vivo, o Pio !... vivo, o Pio ! »
            Le soir de cette journée glorieuse, la façade de la basilique de Saint-Pierre s’illumine de myriades de veilleuses.
            Au-dessus des toits du Vatican, claquant dans la brise nocturne, le drapeau pontifical flotte, auguste et puissant.

---