January 24, 2014

Mgr Charles Respighi


Avec Mgr Respighi, décédé le 6 juin 1947, disparaît une des figures les plus caractéristiques du monde ecclésiastique romain. Ceux qui l’ont connu de près sont unanimes à louer sa bonté d’âme, sa compétence comme préfet des cérémonies pontificales, son amour éclairé pour la Rome chrétienne. Mais on n’a pas mis dans un relief suffisant la part qu’il a prise au mouvement liturgique naissant ou, pour employer l’expression actuelle qui est plus exacte, à l’action liturgique pastorale. Car c’est un fait, Mgr Respighi a eu, durant un demi-siècle, la haute main sur tout ce qui a été fait en ce domaine dans la Ville Éternelle et même hors les murs. Il est un des plus illustres représentants de cette seconde phase du mouvement liturgique que Dom Rousseau appelle « musico-liturgique », et qui se rattache directement à l’action du pape Pie X par la restauration du chant sacré et de la musique d’Église. (Avec quelques convaincus, il fonda en 1902 la Rassegna gregoriana, revue qu’il dirigea durant quatorze ans avec joie et passion, la brandissant comme un drapeau, le premier drapeau d’une renaissance liturgique en Italie. Articles, traits, notes d’allure tantôt irénique et tantôt polémique donnèrent de la vie et de l’aisance au périodique, soulevant l’intérêt et les sympathies).
Mgr Respighi fit, en outre, un travail sur Pierluigi de Palestrina, demeuré encore aujourd’hui classique chez les spécialistes. Durant cette même période il créa, avec la collaboration de plusieurs autres, notamment le P. De Santi, l’association italienne Sainte-Cécile dont il est demeuré jusqu’à sa mort l’infatigable président.
Il eut pour les catacombes, et en général tous les monuments chrétiens de l’antiquité, une vraie passion, mélange d’érudition et de respect, que lui avaient communiquée les leçons et l’amitié des grands maîtres De Rossi, Stevenson, Armellini, Marucchi. Dans ce domaine, il eut l’occasion de travailler d’une façon très directe pendant de nombreuses années, soit comme secrétaire de la Commission pontificale d’archéologie sacrée, organisme chargé de conserver et rechercher les antiquités chrétiennes, soit comme Magister du Collegium cultorum martyrum, association qui a pour but de promouvoir le culte des martyrs dans les lieux mêmes qui avaient été consacrés par la sépulture des premiers héros de la foi. Durant ce temps que Mgr Respighi fut à la tête de la Commission, des travaux de grande importance furent accomplis, comme la découverte des cimetières de Pamphile et des Giordani, les fouilles de la basilique du Latran, celles de Saint-Pierre.
L’activité de la plume de Mgr Respighi au service de la pastorale liturgique, interrompue en 1914 par la mort de la Rassegna gregoriana, se reporta ces dernières années sur le Bollettino Ceciliano. C’était un retour à l’idéal des premiers jours ; mais avec l’âge, le pouvoir d’agir s’était émoussé : Mgr Respighi vivait désormais de souvenirs, avec cette douce tristesse qui les accompagne. Voyez, par exemple, quelle nostalgie s’exhale de la dernière page qu’il a écrite, en mars 1944, dans le Bollettino, pour commenter les journées liturgiques de Vanves :
« Le mouvement liturgique en France, justement loué, pourra sembler à certains être une révélation. Ce n’en est pas une pourtant, ni à nos yeux une nouveauté. Car il compte en France de nombreux apôtres ; son histoire, déjà ancienne, est opportunément rappelée. Il nous est doux d’apporter, nous aussi, le souvenir d’un ami bien cher, humble et retiré, perdu dans la foule, mais très instruit, remarquable grégorianiste, l’abbé Henri Villetard, qui, dans les paroisses où il accomplit son ministère sacerdotal, réalisa pratiquement ce qu’il promouvait sur le plan scientifique. Un soir délicieux, il y a de longues années, je lui fis une visite inopinée, et je trouvai ses paroissiens réunis, comme ils le faisaient chaque soir, pour terminer à l’église leur journée de travail par la prière, le chant des Complies. Mon cher ami tint à ce que je le présidasse ; ce fut pour moi une grande consolation, dont je conserve le plus doux souvenir, de m’unir au chant de la prière liturgique qui s’élevait parfaite do cœur et de l’intime dévotion des bons et des fidèles paroissiens… Le C. P. L. peut s’inspirer de nobles et efficaces précédents. »
Ces lignes révèlent un homme qui a vécu son poque pleinement. A l’entendre l’évoquer, après un demi-siècle, avec une si profonde conviction, on ne peut même pas douter que ses paroles cachent une nuance de naïveté.

A. Bugnini

N. B. – M. Martimort, présent à Rome au moment de la mort de Mgr Respighi, a tenu à représenter le C. P. K. à ses obsèques, qui ont été célébrées à l’église Saint-Ignace le dimanche 8 juin.

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La Maison-Dieu, 12, pp. 135-136.